L'association des amis du musée de Carnac


Fondée en 1992, l'Association ces Amis du Musée de Carnac a pour but de donner son appui au musée de la Préhistoire, de contribuer à l'enrichissement de ses collections, à l'amélioration de ses aménagements, au développement de son action matérielle et morale et de son rayonnement auprès du public en France et à l'étranger.

 Carnac: Un haut lieu de la Préhistoire.  


Le Musée de Préhistoire JameMiln - Zacharie Le Rouzic est situé au cœur de la ville. Premier  musée du  monde  pour la période des mégalithes, il expose l'une des plus riches collections préhistoriques.
Visiter le musée, c'est faire un formidable voyage dans le temps pour mieux connaître la vie de nos ancêtres,  leur vie quotidienne, leur architecture de pierres, leurs rites funéraires, une visite qui constituera une excellente préparation à la visite des sites de la région.




LE MUSÉE DE PRÉHISTOIRE DE CARNAC
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UNE VISITE INCONTOURNABLE DANS LA RÉGION DES MÉGALITHES




Les hommes du Paléolithique
face aux changements climatiques
de Saint-Colomban à Menez Dregan


après la conférence  de Anne-Lyse Ravon et de Marine Laforge

Le sujet de cette conférence de haute tenue a fort intéressé les auditeurs de Terraqué venus nombreux écouter les deux jeunes scientifiques dont l'approche géoarchéologique de Marine Laforge vient épauler la recherche de l'archéologue Anne-Lyse Ravon sur les conditions qu'ont connues les habitants de la « Bretagne » au Paléolithique, période moins souvent évoquée ici, à Carnac, concerné surtout par le Néolithique.
Il y a 500 000 ans, les Homos Heidelbergensis sont présents dans le nord ouest de la France. Ils ont peuplé l'Europe par un courant venu d'Afrique par l'Espagne, et un courant venu d'Asie. 
À l'ère quaternaire, les périodes glaciaires et interglaciaires, plus tempérées, se succèdent. Le genre homo apparaît au Pléistocène où alternent rapidement des phases froides et chaudes. Le climat est plus chaud à l'holocène. En périodes glaciaires, l'eau des océans est retenue sur les calottes glaciaires Ces changements génèrent des variations considérables du niveau marin, de -120 à +5 mètres. Le fait est reconnu aujourd'hui par l'étude sur le terrain des falaises, qui ont reçu par exemple sur la côte nord  des sédiments fins et calcaires arrachés des zones exondées par abrasion éolienne formant ainsi des dépôts de loess ; des plates-formes d'abrasion marine, représentant le niveau actuel ; des plages de galet, témoins de phases interglaciaires ; des dunes. Sur l'estran, on trouve souvent des sites du Paléolithique car il offre des disponibilités d'abris au pied des falaises et des cordons dunaires, de la matière première pour l'industrie lithique avec les galets, succédané du silex peu présent en Bretagne sinon dans des zones trop lointaines hors d'accès. Les éclats de silex rendus par la mer sont mis à profit pour le petit outillage. Photos, relevés de coupes, prélèvements analysés en  laboratoire pour les datations par OSL et ESR,  permettent la réalisation d'un cadre chronostratigraphique. 
Menez Dregan, fouilles en cours

Le propos est illustré par la présentation de quelques sites paléolithiques de la région :
À Menez Dregan, sur la côte de la commune de Plouhinec dans le Finistère, une ancienne grotte marine, découverte en 1985 par Bernard Hallégouët, géologue et géographe de Brest, présente un intérêt particulier. Des sédiments et des restes d'occupation humaine ont été conservés grâce à l'effondrement de sa partie supérieure, malgré une remontée du niveau marin. Cet état de fait est rare en Bretagne où rien d'ancien ne se conserve à cause de l'acidité des sols. À partir de 1991, des fouilles ont lieu chaque été conduites par Jean-Laurent Monnier qui a passé le relais en 2012 à Claire Gaillard du CNRS. Les fouilles devraient se poursuivre sur quatre autres étés. 
Quelques os ont été trouvés sur la couche 9 cet été. Elle est la plus ancienne et contient un des plus anciens foyers d'Europe daté  de 465 000 + ou – 65 000 ans. À cette époque, l'homme charogne, il ne chasse pas. Il mange la moelle des os. Le niveau marin est bas, il aperçoit aisément les animaux sur la plaine en contrebas de la falaise. Son industrie lithique est surtout composée de gros éclats utilisés comme matériel de percussion.
L'étude des sédiments de la couche couche 8 révèle que le climat est chaud. C'est une plage occupée en son sommet.
Les sédiments de la couche 7 sont très fins. Les humains occupent la dune du littoral. Le niveau marin est haut. Cette couche conserve plusieurs foyers, des charbons de bois par centaine, de groseillier entre autre. L'industrie lithique est surtout représentée par des choppers.
La couche 6 est à nouveau une plage occupée en son sommet. Environ 18 000 pierres taillées attestent une importante occupation humaine. 
L'étude de la couche 5  a livré un foyer construit par un encerclement de pierres au centre duquel se trouvait un fragment de dent d'éléphant. L'industrie lithique est représentée par des choppers servant à fendre, des racloirs à peau de 35 cm, du petit outillage denticulé et à encoches pour le travail sur bois ( retirer l'écorce des arbres ). Cette période correspond à un refroidissement.
La couche 4 est datée de 223 000 + ou – 23 000 ans correspondant à Néandertal. Elle a livré des charbons de bois, une structure de pavage sur deux mètres de long qui pourrait correspondre à celle d'une tente. Cette couche est riche de 14 000 artefacts qui montrent que les occupants sont intelligents et opportunistes, sachant quelle roche utiliser pour le bon outil. 
L'étude du site de Pen Hat à Camaret, et d'autres sites de la côte nord, comme ceux de Piégu à Pléneuf-Val-André, Grainfolet à Saint-Suliac, permet de dégager une  synthèse : les humains sont présents à la fin de toute période d'interglaciaire, mais aussi en période glaciaire lors de courts redoux. 

En Morbihan, sur la commune de Carnac, le site de la Pointe de Saint-Colomban correspond au Paléolithique inférieur. Il est daté 450 000 + ou – 83 000 ans. Il est contemporain du site de Menez Dregan. Le site a été fouillé notamment en 1981, 1982, en 1995 par Jean-Laurent Monnier. Deux cycles marins transgressifs et deux cycles périglaciaires ont été mis en évidence. Les 7000 pièces trouvées sont conservées au musée de Préhistoire de Carnac. 1100 pièces concernent la période étudiée. L'industrie lithique  est de caractère archaïque. Elle est  essentiellement représentée par des outils sur galets, les choppers, et du petit outillage sur éclats,  denticulé et à encoches. 
(Le mur protecteur du site est aujourd'hui malheureusement sans effet sur l'érosion...)
Toujours sur la commune de Carnac, les sites de la Croix Audran et de Parc Belann ont un intérêt certain.  

Ainsi, de ce projet collectif de recherche mené à l'échelle de la région, se dégage une nouvelle synthèse du Paléolithique breton. Quant aux projets, ils portent notamment sur la collecte d'exemples situés à l'intérieur des terres, une collaboration avec les Anglais sur Jersey. Nous oeuvrons aussi pour que la communication sur le Paléolithique de la région s'amplifie.

Pour plus d'informations :
Consulter aussi l'article sur le gisement paléolithique inférieur de La Pointe de Saint-Colomban, Carnac de Jean-Laurent Monnier et Robert Le Cloirec
http://www.persee.fr/doc/galip_0016-4127_1985_num_28_1_2221
Concernant ce site paléolithique de saint Colomban, une visite au musée de Préhistoire de Carnac s'impose.

et pour ce qui concerne le site préhistorique de Menez Dregan:
Une intéressante interview de Mme Claire Gaillard, chargée de recherche au CNRSd,
https://abp.bzh/videos/menez-dregan.mp4

Un article du site Hominidés.com
À proximité du site de Menez Dregan se situe l'intéressant Centre d'interprétation


Animaux chassés, sacrifiés ou rêvés
au Néolithique dans le nord de la France


Forte audition à Terraqué pour écouter Lamys Hachem, archéozoologue et ingénieur de Recherches à L'INRAP, qui nous a notamment parlé de l'organisation de la société rubanée sous l'angle des animaux. La nourriture nous en dit long sur les pratiques d'une société. Cette civilisation du Néolithique ancien, au VI e millénaire, est désignée rubanée ou LBK ( Linear Banb Keramik ) selon l'expression allemande, le décor de la céramique étant en forme de ruban.
Ces premiers agriculteurs, venant des Balkans pour atteindre l'ouest, apportent avec eux la domestication des animaux pour la consommation. Ceci bouleverse le monde des chasseurs cueilleurs. L'analyse des poubelles d'un hameau rubané en Picardie montre que les habitants consommaient du bœuf, du cochon, du mouton. L'élevage comptait de 50 à 70 animaux par village. Ils chassaient aussi tout le gibier que nous avons aujourd'hui, sauf l'auroch qui a disparu : cerf, sanglier, loup, ours, cheval sauvage, lynx, castor, blaireau. Ils ont maintenu la différenciation entre gibier et animaux domestiques, sans hybridation.
Au Néolithique ancien, il n'y a pas encore de grande fracture sociale. Le hameau rubané classique se compose de deux groupes de maisons, des grandes et des petites. D'après les interprétations des rejets ménagers, les habitants des grandes maisons pratiquaient l'élevage, leur céramique respectait les canons du rubané ; tandis que les habitants des petites maisons pratiquaient la chasse et leur céramique montre des nouveautés. Entre les maisons, les surplus étaient échangés. Nous pouvons en déduire que le clan des éleveurs de bovins et de moutons, avec sa force de travail d'adultes plus âgés, occupait les grandes maisons. Les petites maisons abritaient le clan des chasseurs composé de jeunes couples.
Lamys Hachem a également abordé le sujet des animaux sacrifiés, type de rite universel dans les civilisations orales pour s'attirer les faveurs de l'au-delà, pour intercéder avec l'irrationnel, faire des sacrifices pour souder une société. Une enceinte cérémonielle rubanée située en Picardie, dans la vallée de l'Aisne, a dû mobiliser toute la communauté vu le travail gigantesque réalisé . Les animaux sacrifiés ou accompagnant les défunts montrent qu'il y a une focalisation sur les bovins et les moutons.
L'animal est un élément du système social aussi lorsqu'il est rêvé. Des figurines d'animaux qui ont été trouvées dans les enceintes cérémonielles et les nécropoles sont souvent présentées en association, animal sauvage, animal domestique comme mis en miroir : sanglier-porc, chevreuil-mouton.

Voir et écouter ci dessous une vidéo de Lamys Hachem sur ces sujets
 http://www.inrap.fr/elevage-chasse-et-societe-dans-le-neolithique-francais-9091

Animaux chassés, sacrifiés ou rêvés
au Néolithique dans le nord de la France

Forte audition à Terraqué pour écouter l'archéozoologue et ingénieur de Recherches à L'INRAP, Lamys Hachem, qui nous a notamment parlé de l'organisation de la société rubanée sous l'angle des animaux. La nourriture nous en dit long sur les pratiques d'une société. Cette civilisation du Néolithique ancien, au VI e millénaire, est désignée rubanée ou LBK ( Linear Banb Keramik ) selon l'expression allemande, le décor de la céramique étant en forme de ruban.
Ces premiers agriculteurs, venant des Balkans pour atteindre l'ouest, apportent avec eux la domestication des animaux pour la consommation. Ceci bouleverse le monde des chasseurs cueilleurs. L'analyse des poubelles d'un hameau rubané en Picardie montre que les habitants consommaient du bœuf, du cochon, du mouton. L'élevage comptait de 50 à 70 animaux par village. Ils chassaient aussi tout le gibier que nous avons aujourd'hui, sauf l'auroch qui a disparu : cerf, sanglier, loup, ours, cheval sauvage, lynx, castor, blaireau. Ils ont maintenu la différenciation entre gibier et animaux domestiques, sans hybridation.
Au Néolithique ancien, il n'y a pas encore de grande fracture sociale. Le hameau rubané classique se compose de deux groupes de maisons, des grandes et des petites. D'après les interprétations des rejets ménagers, les habitants des grandes maisons pratiquaient l'élevage, leur céramique respectait les canons du rubané ; tandis que les habitants des petites maisons pratiquaient la chasse et leur céramique montre des nouveautés. Entre les maisons, les surplus étaient échangés. Nous pouvons en déduire que le clan des éleveurs de bovins et de moutons, avec sa force de travail d'adultes plus âgés, occupait les grandes maisons. Les petites maisons abritaient le clan des chasseurs composé de jeunes couples.
Lamys Hachem a également abordé le sujet des animaux sacrifiés, type de rite universel dans les civilisations orales pour s'attirer les faveurs de l'au-delà, pour intercéder avec l'irrationnel, faire des sacrifices pour souder une société. Une enceinte cérémonielle rubanée située en Picardie, dans la vallée de l'Aisne, a dû mobiliser toute la communauté vu le travail gigantesque réalisé . Les animaux sacrifiés ou accompagnant les défunts montrent qu'il y a une focalisation sur les bovins et les moutons.
L'animal est un élément du système social aussi lorsqu'il est rêvé. Des figurines d'animaux qui ont été trouvées dans les enceintes cérémonielles et les nécropoles sont souvent présentées en association, animal sauvage, animal domestique comme mis en miroir : sanglier-porc, chevreuil-mouton.

Les Celtes, histoire d'un mythe

Extrait de l'introduction

«Celte, je n'ai jamais su ce que ça pouvait bien être.»
Jules Renard, Journal, 23 juin 1902.

L'aveu de Jules Renard, le ferait-on encore aujourd'hui ? Tout le monde ne se prétend-il pas Celte ou descendant des Celtes ? L'identité de ces peuples de l'Antiquité ne semble plus être aujourd'hui matière à débat pour les Européens et même pour leurs descendants installés un peu partout dans le monde, de la mer Noire à New York, des îles Shetlands à l'Espagne, sur une vaste bande terrestre prise entre les 40e et 60e parallèles. Pour autant la question soulevée par le romancier et posée de manière différente par de nombreux intellectuels qui lui étaient contemporains n'a toujours pas reçu de réponse satisfaisante : à paraître l'héritage partagé par une si grande communauté humaine, la «celticité» n'a pas gagné en clarté. Les Celtes, au contraire, sont devenus l'objet d'une nébuleuse de concepts les plus divers, parfois les plus contradictoires, ou il n'est plus possible de distinguer aisément la réalité du rêve, l'histoire de la fiction, les faits de la pure idéologie.
Chacun se fait de la question une idée qui est rarement celle de son voisin. Pour certains, les Celtes appartiennent à une thématique imaginaire à la mode et n'ont pas plus de réalité que les fictions qu'elle fait naître. Pour d'autres, ils sont un peuple antique authentique mais dont la nature demeure impossible à préciser. Pour beaucoup, ces hommes du passé appartiennent à leurs rêves ; mais chacun rêve à sa manière. Autant dire que le consensus paraît impossible, les interlocuteurs ne discutent ni des mêmes êtres ni des mêmes temps. T.R.R. Tolkien, pourtant lui-même grand utilisateur de l'imaginaire celtique, avait raison d'écrire : «Les Celtes [...] sont un sac magique, dans lequel on peut mettre ce que l'on veut et d'où peut sortir à peu près n'importe quoi.»

On aurait tort de croire récente cette confusion. Elle s'est installée durablement dès la Renaissance. À ce moment, les Allemands commencèrent à revendiquer leur ascendance celtique, tandis qu'en France on découvrait seulement les Gaulois et qu'on ignorait encore tout des Celtes. Par la suite, l'histoire naissante, puis la linguistique comparée et l'archéologie vinrent apporter leur contribution à un édifice qui n'avait pas de plan d'ensemble, simple amas des matériaux les plus divers, nouvelle tour de Babel, souffrant de maux identiques : ses bâtisseurs ne parlaient pas et ne parlent toujours pas la même langue. Cependant ce serait une illusion de croire que les idées fausses se sont seulement répandues à ce moment, un millénaire après les derniers témoignages antiques sur les Celtes. Au début de notre ère déjà, quand les Romains colonisaient la Gaule, les auteurs latins ne connaissaient que les Gaulois, ceux de l'Italie du Nord et ceux delà France, tandis que leurs homologues de langue grecque voyaient des Celtes un peu partout, les confondant avec les lbères, les Igures et les Germains. Les premiers ne faisaient pas seulement preuve en ce domaine de leur habituel mépris pour leurs voisins, le récit de la conquête de la Gaule par César les avait également convaincus, une fois pour toutes, de la seule existence des Gaulois. Les seconds, peut-être parce qu'ils étaient plus éloignés de l'extrémité occidentale du continent, reproduisaient scolairement une classification des peuples de la terre, établie quatre siècles plus tôt par leurs premiers géographes, et s'y tenaient, n'éprouvant guère plus d'intérêt pour la géographie humaine de cette partie du monde. Longue histoire par conséquent - plus de deux fois millénaire - dont nous sommes les héritiers inconscients.
Ces constats pourraient nous amener à penser que pour découvrir la vraie nature des Celtes il vaut mieux s'adresser aux Celtes eux-mêmes. Réaction simple voire simpliste, qui se heurte à des problèmes de taille. Les Celtes de l'Antiquité ne nous ont légué presque aucun écrit. La tradition qui aurait pu conserver leur opinion sur cette question est hautement suspecte. Enfin la conception que ces Celtes antiques se faisaient de leur propre identité était elle-même déjà pétrie d'une idéologie ethnique et culturelle, c'est ce que suggèrent plusieurs passages de La Guerre des Gaules de César, non seulement ses généralités ethnographiques, tirées de l'oeuvre de Poseidonios d'Apamée, mais plus encore le récit des différends entre les peuples gaulois. S'il y a invention - et c'est le sujet de cet ouvrage - elle ne date pas d'aujourd'hui, ni même d'hier; il semble qu'elle existe depuis qu'on a parlé de Celtes. Plus paradoxalement encore, elle paraît bien ne pas avoir été seulement le fait des autres, des peuples voisins, mais aussi des Celtes eux-mêmes qui se sont forgé leur propre image et, ce taisant, ont influencé toutes les représentations futures.



Rappel de deux comptes-rendus de conférences ayant trait aux mêmes réflexions :
par JLBrunaux, 8 août 2012
Religion et spiritualité chez les Gaulois.....Lire
Par JP Demoule, 26 août 2015
Mais où sont passés les Indo-Européens.....Lire

La conférence de Serge Cassen "la mediation des stèles"


La salle de terraqué était comble ce  jeudi 27 juillet pour écouter Serge Cassen.
La conférence de ce soir, 3e volet d'une réflexion qui avait porté, lors des deux précédentes interventions, sur un certain nombre de notions: état, passage entre les états, ligne, obstacle, transit, verticalité, seuil, limite, répétition; ainsi que sur des affects: la gravité, la pierre dure, la peur. Il en était ressorti que la stèle est un objet de médiation. Étudié dans le contexte carnacéen précédemment, le modèle a été confronté cette fois à d'autres ensembles d'objets semblables, parfois différents, de l'extrême oriental de l'Eurasie, sur les bords du fleuve Amour, à l'ouest atlantique en passant par le nord de l'Italie, le Valais suisse, la Bourgogne, le Gâtinais, le Val de Loire, la Brière, pour terminer sur les bords de la Vilaine en Bretagne.

Le site "Préhistoire méditerranéenne" a publié un article essentiel de Serge Cassen lié au thème de sa dernière conférence
En voici les premières lignes :
Pierres dressées isolées, ou alignées en vastes systèmes de files juxtaposées ou parallèles, files parfois disposées perpendiculairement entre elles, sont autant de configurations présentant une équation mal résolue et souvent une énigme historique dans l’Europe des Ve, IVe et IIIe millénaires, notamment en Bretagne. Dans cette région atlantique, le site de Carnac est doublement emblématique, à la fois d’une certaine morphologie architecturale, extraordinaire par son extension, et d’un certain échec de l’archéologie à pouvoir renouveler un discours et une interprétation sur le sujet (Boujot et al. 1995, Bailloud et al. 1995). Faute de pouvoir intervenir par la fouille, moyen habituel de l’enquête, sur un gisement dont les limites sont indécises et la superficie estimée gigantesque (100 km2), une réflexion « théorique » a donc été menée pour tenter de proposer un cadre conceptuel mieux à même d’y ordonner et d’y intégrer le plus grand nombre de données disponibles. Un des objectifs se devait alors de tester la valeur prédictive du modèle, notamment dans un cadre chronologique et/ou géographique éloigné, que le milieu soit celui informé par l’archéologie ou par l’ethnologie.
1 Cet article prolonge un essai présenté en mars 2010 à l’Institut d’archéologie et d’ethnologie (Mos (...)
8Si l’objet « pierre dressée » est un fait largement connu de par le monde, l’organisation rectiligne de monolithes bruts est une structure architecturale moins répandue. Au centre de l’Eurasie, la Mongolie occidentale et la région sayano-altaïque conservent de nombreux et remarquables témoignages de sites cultuels et funéraires comprenant des stèles alignées. Comment la recherche archéologique en ces territoires a pu interpréter le phénomène en question nous a semblé une démarche nécessaire à entreprendre pour informer et constituer un dossier renouvelé à propos de Carnac. Dans le même temps, et sur un territoire sibérien qui recouvre en partie l’aire géographique précédente, le « piquet d’attache » en bois des populations nomades actuelles ou sub-actuelles nous a paru un autre moyen d’entrer dans la discussion à propos de l’objet verticalisé, d’autant mieux qu’il nous semblait intuitivement relié à l’habitation domestique comme la pierre dressée pouvait l’être avec le tumulus funéraire. Cet article est donc l’essai d’un archéologue s’efforçant d’introduire auprès de ses collègues, mais encore auprès des ethnologues, un sujet par essence difficile, en provoquant sans doute leur réaction devant la naïveté avec laquelle le document ethnographique serait maladroitement mis à contribution, en sollicitant également leur critique quant à la façon un peu provocante avec laquelle les données archéologiques pourront être interprétées

Vous trouverez la suite de cette publication à l'adresse  https://pm.revues.org/1184

Voir aussi la page de notre site concernant les travaux de Pierre Petrequin sur les grandes haches alpines du néolothique européen :
http://amisdumusee-carnac.blogspot.fr/2016/06/les-grandes-haches-en-jade-du.html

Ainsi que le rappel de la conférence de Pierre Corboud sur le mégalithisme du Valais Suisse
http://amisdumusee-carnac.blogspot.fr/2014/08/le-megalithisme-de-larc-alpin.html

sans oublier la conférence de S.Cassen sur les "signes et nuages" de Gavrinis
http://amisdumusee-carnac.blogspot.fr/2016/06/gavrinis-signes-et-nuages.html

De l'Amour à la Vilaine,

La médiation des stèles 
Serge Cassen  CNRS, université de Nantes 


La conférence reviendra sur la notion de stèle en ce qu’elle permet toujours d’accéder à autre chose, que le matériau soit brut, ou mis en forme, gravé, peint, habillé… En partant de l’extrême oriental de l’Eurasie, puis en nous dirigeant toujours plus loin vers l’ouest et l’Atlantique, nous aborderons des objets semblables et différents, et parfois énigmatiques mais qui participent tous d’un travail de médiation. Puis en abordant le Néolithique d’Europe occidentale, plusieurs contextes archéologiques et géographiques bien spécifiques seront abordés en Valais, Bourgogne, Gâtinais et Bretagne, revus à la lumière du modèle d’interprétation proposé en région de Carnac. L’histoire de (sur) ces stèles est alors médiatisée, c’est-à-dire qu’elle est induite, non déclarée, non proférée…


photo Norman Hallendy, 2000.

GAVRINIS, SIGNES ET NUAGES

propose de  SERGE CASSEN
et sa collaboration dans ses recherches avec 
Laurent Lescop, Valentin Grimaud, Cyrille Chaigneau, Hugues Plisson, Guirec Querré, Dominique Sellier, Marie Vourc’h, Thomas Calligaro, Nancy Marcoux, David Menier, Didier Morel, François Pustoc’h, Bruno Suner, Barbara Trichereau, Véronique Vergès-Belmin. 



Prolongement de la publication synthétique parue en 2009 autour des fouilles archéologiques du Grand Menhir et du dolmen dit Table des Marchands à Locmariaquer, le programme développé entre 2011 et 2013 à Gavrinis a pu réunir des archéologues et des géologues, des architectes et des géomètres, des biologistes et des médiateurs du patrimoine, en vue d’acquérir et de restituer des informations sur une tombe du Néolithique (3900-3500 av. notre ère) parmi les plus emblématiques du patrimoine monumental européen. Plusieurs des éléments architectoniques visibles à l’intérieur de la tombe sont d’ailleurs tirés de structures antérieures datées du milieu du Ve millénaire avant notre ère.

Pour résumer par le texte les innombrables images présentées lors de cette conférence, nous proposerons simplement le déroulé chronologique des opérations de terrain et de laboratoire au cours des trois dernières années.

2011
Notre objectif général, proposé en 2010 au Service régional de l’archéologie de Bretagne ainsi qu’au service départemental d’archéologie du Morbihan, était l’enregistrement des données topographiques, archéologiques, pétrographiques et acoustiques du tumulus de Gavrinis et de la tombe à couloir inscrite à l’intérieur, afin d’assurer une représentation renouvelée de l’architecture, d’une part, des signes gravés et éventuellement peints, d’autre part.


Le relevé topographique a consisté en une acquisition des données spatiales géoréférencées, collectées et restituées sur un support, graphique et numérique. Cette étape a permis de balayer le cairn dans son ensemble à l’aide d’un premier « scanner 3D », en élargissant l’acquisition aux sols environnants ; les parois de la tombe et la dalle cachée de la couverture ont été enregistrées au moyen d’un second instrument laser à résolution plus fine. La combinaison de ces « nuages de points » permet désormais de se déplacer en temps réel dans un environnement en 3 dimensions. A l’issue de cette campagne lasergrammétrique, plusieurs dizaines de millions de points ont été enregistrés en x, y, z. L’emploi du capteur à haute résolution a permis en outre de détecter des gravures encore inédites, que nous ne soupçonnions pas au bas de certains orthostates, et qui démontrent une nouvelle fois que des panneaux gravés se poursuivent sous le niveau du plancher. 

Une série de prises de vues photographiques systématiques des orthostates a été conduite en parallèle. Une campagne de mesures au spectromètre à fluorescence X a enfin permis de tester les colorations suspectes repérées dès 2007 sur les orthostates L5, L6 et R9 ; afin d’en évaluer l’étendue, un traitement infographique des clichés pris sur plusieurs années (1984, 2000, 2009, 2011) a été produit pour comparaison.

Concernant les signes gravés, un tableau comparatif des méthodes a été proposé, qui permet d’apprécier avantages et inconvénients de l’estampage, du calque cellophane, de la photographie numérique du scanner 3D. S’il e incontestable que le scanner permet enfin de restituer les gravures dans le relief fidèle du support, puis dans l’ordre architectural du monument – un saut qualitatif sans aucune mesure avec les documents graphiques jusqu’ici mobilisés -, la précision d’enregistrement millimétrique des tracés (le micro-relief anthropique) ne dépasse pas le degré de détail atteint par la photographie numérique aidée d’éclairages rasants. Ces deux méthodes sont par conséquent complémentaires, et la restitution du corpus devra les employer de concert. Quant à la possibilité que des gravures aient été rehaussées de peintures, l’analyse chimique par spectrométrie portable XRF n’a pu déterminer l’origine de la matière colorée et ne peut conclure à une datation néolithique des réalisations aujourd’hui visibles ; des analyses complémentaires sont donc nécessaires.

A partir de ces modèles numériques, on préconise la constitution d’une maquette 3D générale du monument, qui ouvre aux chercheurs d’importantes possibilités d’analyses et d’interprétation. Au-delà du travail scientifique (corpus renouvelé des signes, mesure de l’altération différentielle des supports déjà perceptible à l’issue de cette campagne, recherche régionale de formes homothétiques, validation d’hypothèses architecturales, etc.), la maquette peut être exploitée pour la communication vers le public (images, visites virtuelles, réalité augmentée, objets en résines synthétiques, etc.). 


Une analyse iconologique préliminaire d’un signe (« hache ») est d’ores et déjà proposée afin d’anticiper le scénario explicatif final. Une lecture relative à la distribution et au nombre des gravures de haches sur les orthostates et les dalles de couverture ne donne pas d’indication claire sur la possibilité de remonter un système logique, structural. Mais, en revanche, le spécialiste reconnaît une représentation exacte de certaines morphologies de lames polies rencontrées en contexte funéraire (les grands tumulus carnacéens) et non funéraire (dépôts/sacrifices), ainsi qu’une disposition évidemment organisée au sein de chaque support. Si l’on ajoute le fait que le couloir a été construit au moins en deux étapes, on comprend en partie le manque de gravures constaté dans le premier tronçon situé vers l’entrée. Dans tous les cas, il faut accepter l’idée que nous travaillons au sein de grands ensembles chronologiquement distincts à Gavrinis, même si le plus récent (la tombe et son couloir) n’ignore pas le précédent (l’ouvrage de stèles).

Plusieurs indices prouvent des réemplois de monolithes : 
- des gravures, nous l’avons dit, se poursuivent au-delà du niveau du plancher ; 
- des orthostates sont amputés de leur extrémité sommitale pour être amenés au niveau des piliers voisins alors qu’il aurait suffit de mieux les enfoncer en terre pour préserver la gravure ; 
- des gravures sont cachées sur les tranches à peine visibles entre deux piliers ou sur les faces des dalles tournées vers le cairn ;
- enfin les représentations de haches se conforment très bien à la typologie des objets vrais, tous datés entre 4700 et 4300 av. J-C., soit plusieurs siècles avant l’utilisation de la tombe à couloir.

Le défi des recherches est de comprendre le jeu des transitions architectoniques et des perdurations de sens entre motifs gravés principaux et secondaires. D’autres indices, en effet, laissent supposer une intervention sur les gravures après la mise en place des orthostates.

Avec l’opération Gavrinis, nous pensons avoir clairement défini en 2011 les objectifs scientifiques, en sorte que la finalité des besoins a induit les produits à élaborer et donc la technique la plus efficiente à mettre en œuvre pour les réaliser, au-delà du simple fait de fabriquer des images de synthèse sophistiquées qui risquent d’occulter toute interrogation.

2012

Après les travaux d’acquisition générale des données menés en 2011, l’équipe a recentré ses efforts sur des études de cas pour mettre au point un certain nombre de protocoles d’enregistrements et d’analyses.
 
  Un exercice complet a été mené sur l’orthostate L6 pris comme étalon en raison de sa complexité graphique et la présence de colorations. Aidés des nuages de points et de la photographie de l’objet éclairé par incidences tournantes, les relations d’antéro-postériorité des tracés ont été établies chaque fois que les recoupements le permettaient. Des entités graphiques comprenant un ou plusieurs signes ont été individualisées puis ordonnées selon une séquence temporelle. Une véritable logique et une intention évidente animent l’ensemble de la composition. Sur cette base seulement seront portées des faits d’interprétation. Ces résultats très satisfaisants, et pour dire vrai inattendus, autorisent la reproduction d’un tel processus de reconnaissance à l’ensemble des supports gravés. 

La dalle R11 en grès dur a posé un autre défi en marquant très nettement les limites d’un enregistrement laser infra-millimétrique que nous pensions suffisant à la résolution de 0,5/1 mm. La dureté de la roche a empêché que les tracés soient creusés dans les grains de quartz, à la différence d’une roche grenue comme le granite, et a donc entravé la lecture des gravures dans le nuage de points. L’enregistrement photographique a mieux réussi le test mais après un lourd investissement sur le terrain et en laboratoire. Seul l’emploi d’un logiciel de détection des teintes a finalement permis de retrouver la quasi totalité des impacts sur la roche, et d’en restituer ensuite la géométrie selon la technique habituelle des images compilées. Le résultat obtenu est spectaculaire, multipliant par 4 le nombre des tracés.

La position malheureusement inaccessible de la grande gravure au dos de L11 a déterminé une opération « bricolage » plutôt qu’une acquisition dans les normes. Un appareil photographique a été glissé par un intervalle de 20 cm pour enregistrer, secteur par secteur, l’ensemble des tracés. Recomposés dans une image unique, ces tracés ont été comparés au moulage médiocre réalisé à l’époque de la restauration du site. Une synthèse est donc proposée qui positionne le motif de Gavrinis comme un des plus complets dans la famille des « haches-engainées ». Sans dévoiler ici l’interprétation du signe qui ne viendra qu’en dernière instance, on rappellera qu’il ne s’agit ni d’une hache ni d’une gaine…

Au contraire de la dalle précédente, le monolithe S12, dit « de seuil », dont l’original fut fort opportunément rapatrié au dépôt de fouilles de Vannes par le SRA Bretagne (C.T. Le Roux), a pu bénéficier d’un enregistrement idéal dans la mesure où sa manipulation dans l’espace par le biais d’une grue offrait bien plus de possibilités de mesures. L’emploi d’un scanner à haute résolution a permis de détecter des gravures encore inédites, complété par les photographies sous éclairages rasants. Une campagne de prises de vues photographiques systématiques a été conduite en parallèle pour tester différents serveurs de photomodélisation en regard des résultats vrais obtenus de la lasergrammétrie (mensurations, volume, poids). Cette sorte d’étalonnage des instruments permettra l’emploi raisonné des différentes techniques suivant les objectifs à atteindre. Au final, le monolithe S12 est le fragment d’une ancienne stèle, naturellement cassée  sur un côté et volontairement tronquée sur l’autre côté pour s’adapter à la configuration du couloir. La tranche en question est le premier exemple véritablement attesté dans le Néolithique breton d’une fracturation d’une stèle par mortaises.

Objectif incontournable de la campagne 2012, le corpus actualisé des gravures de Gavrinis est enfin prêt. Chaque monolithe est désormais exposé selon le niveau de représentation souhaité, du nuage de points virtuellement éclairé à la synthèse graphique hiérarchisée. 

Concernant les signes gravés, un tableau comparatif des méthodes a été amélioré par rapport à l’exercice 2011, qui permet d’apprécier avantages et inconvénients de l’estampage, du calque, de la photographie numérique (photogrammétrie, éclairages tournants sur images compilées) et de la lasergrammétrie. 

Quant à la possibilité que ces gravures aient été rehaussées de peintures, les analyses faites à l’aide d’un microscope électronique à balayage et d’un spectromètre de dispersion d’énergie ne peuvent toujours pas conclure à la datation néolithique des réalisations visibles, la présence d’un composé au plomb tendant à attribuer cette coloration à la période contemporaine, malgré la présence d’ocre. La couleur foncée au creux de P2 est du charbon, mais là encore rien ne permet de déclarer qu’il est bien néolithique, Z. Le Rouzic ayant employé du fusain pour rehausser ses calques de levés sur cette dalle en 1935 (archives Wilhem/Bailloud). Une analyse radiocarbone AMS est donc nécessaire.

A partir de ces modèles numériques, la constitution d’une maquette 3D générale du monument a fait l’objet d’un effort particulier, aussi bien financier que technique. Le film virtuel construit pour l’occasion par la société MGDesign (Nantes) ouvre aux chercheurs d’importantes possibilités d’analyses, d’interrogations, de représentations et d’interprétations. Mais au-delà du travail scientifique, la maquette doit désormais être exploitée pour la communication vers le public (images, visites virtuelles, réalité augmentée, site Internet, objets en résines synthétiques, etc.), ne serait-ce que pour rendre compte de ce travail en cours, qui déborde d’informations brutes susceptibles d’être appréciées et commentées, avant même que ne soit proposée une interprétation générale des signes.

Une maquette « matérielle » extraordinairement précise de l’orthostate L6 fut par ailleurs réalisée en plastique ABS ; elle donne la mesure de ce qu’il est possible de réaliser d’un point de vue didactique et médiatique.

2013

Au terme de la campagne 2013, nous aimerions pouvoir désormais exploiter la grande quantité d’informations accumulée en trois ans de recherches et acquisitions diverses sur le terrain. Ajouter davantage de données ne serait pas raisonnable si les objectifs premiers (l’identification de tous les signes, leur décomposition et leur remontage au sein du volume architectural, la dynamique du programme iconographique) n’étaient pas tous atteints plus ou moins simultanément. C’est ce travail qui reste à fournir, qui sera long : compter 210 h de traitement à l’ordinateur, par dalle, non compris les retours pour contrôles sur le site. Cinq dalles sur 25 ont été traitées, on peut imaginer sans difficulté le chemin restant à parcourir…

Preuve a été faite qu’un travail de médiation pensé en parallèle au travail scientifique d’investigation peut être mené avec succès. Le public et les élus, ainsi que nos collègues en charge de l’évaluation, ont pu apprécier les possibilités de divulgation rapide que ces documents numériques génèrent, et les outils nouveaux mis à notre disposition pour assurer un bon transfert de la narration archéologique. Certains instantanés de la science en train de se faire sont en soi une information susceptible d’être commentée et diffusée, avant même l’interprétation des faits techniques ou des représentations idéelles qui sont de l’ordre du temps long. C’est cependant cette ultime étape qu’il nous faut franchir pour ne pas limiter Gavrinis à de belles images et à une visite virtuelle. Encore une fois, cette étape nécessite du temps.

La seule obligation qui pourrait occasionner des dépenses non prévues sur le terrain en 2014 serait l’accompagnement de nos collègues du LRMH et de Geolittomer s’il s’avérait nécessaire de poursuivre l’enquête relative à l’état sanitaire (notamment climatique) du monument en son ensemble. Mais il est difficile ici d’anticiper sur ces missions, et aucune demande d’opération archéologique ne peut être sollicitée dans cette incertitude. On peut espérer que notre unité de recherche répondra favorablement si une demande ponctuelle se faisait.

Nous attendons maintenant les résultats de différentes mesures du radiocarbone sur les charbons prélevés. En particulier au niveau du « noir » visible dans certaines gravures qui est bien du charbon. Mais le doute subsiste sur son ancienneté. De même, aucun liant n’a été identifié dans le colorant rouge, qui ne plaide pas en faveur d’une peinture préhistorique. Le « blanc » est d’ailleurs une contamination biologique anthropique et le « noir » le résultat probable des frottements modernes sur les parois. 

L’expérimentation de gravures, débutée en 2012 et magistralement prolongée en 2013 grâce à la coopération du musée de Carnac, est par contre une direction de recherche et un mode de médiation qui devaient être poursuivis sans attendre, que pourrait d’ailleurs avantageusement accompagner la tracéologie tridimensionnelle ; nous avons fait la preuve d’une réussite en ce domaine, tant du point de vue des connaissances acquises, inédites et inestimables, que du contact avec le public dans le cadre de la présentation du monument et de la divulgation des savoirs archéologiques et anthropologiques. Ni fouille, ni prospection, ni publication, la question du financement de l’expérimentation sur monolithe (extraction, dressage des surfaces, tracés des gravures) devrait être néanmoins posée si nous souhaitons continuer dans cette voie, où l’observation ne peut être concluante sans un référentiel rigoureusement contrôlé.

Ainsi qu’il fut convenu en 2011, l’ensemble de la documentation numérique accumulée (500 Go) à l’occasion de ces trois campagnes d’acquisitions et de traitements sera copié et adressé au pôle Archéovision (UPS du CNRS, Bordeaux) qui est le Conservatoire national des fichiers 3D en SHS émanant d’opération d’acquisition 3D ou de valorisation du patrimoine (dir. R. Vergnieux). Il est important de maintenir les modèles 3D non seulement tout au long de la recherche qui les a initiés mais également en vue d’études et de futures enquêtes en pérennisant les formats et les supports. Une copie similaire sera adressée au SRA de Bretagne et au SDA du Morbihan. 

Un projet de colloque de divulgation (« Autour du Gouffre »), à l’image de celui que nous avions organisé au terme du programme en Locmariaquer (« Autour de la Table »), est prévu se tenir dans la région à l’issue des analyses et des traitements en laboratoire (horizon 2016-2017). Il réunirait, pour une exposition publique, tous les contributeurs et partenaires engagés par nos travaux.

En résumé…
La conférence a porté sur quelques acquis obtenus de plusieurs techniques d’enregistrements menées ces dernières années sur les dalles gravées de la tombe à couloir de Gavrinis (Larmor-Baden, Morbihan), mais également sur son enveloppe pierreuse telle que l’a modifiée la restauration moderne du monument.

Lasergrammétrie et photogrammétrie permettent de naviguer au sein de nuages de points référencés dans un espace donné. Ces points informent des surfaces, puis génèrent des volumes, en images fixes ou animées. Les fameuses gravures de la tombe peuvent alors être revues et corrigées dans la morphologie du support, puis comprises dans la chronologie de leur réalisation grâce aux photographies compilées sous éclairages tournants. 

Tout devient plus précis mais aussi plus complexe, chaque dalle décorée devient un monde en soi. Pourtant, nous ne sommes pas encore au stade d’une interprétation des signes, de l’intervalle entre les signes, de l’intervalle entre les supports : le but ultime de ce programme…

Voir ICI ne synthèse video de cette conférence 
et ICI aussi

Remerciements : Le programme de recherche mené sur Gavrinis a bénéficié de l’aide et des subventions du Ministère de la culture (DRAC et SRA Bretagne), du CNRS, du Conseil général du Morbihan, du Laboratoire de recherches archéologiques de l’université de Nantes, de l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Nantes, du Laboratoire d’archéosciences de l’université de Rennes 1, du musée de Préhistoire de Carnac, du Service départemental d’archéologie du Morbihan, du Laboratoire de recherche des monuments historiques, du Centre de recherche archéologique de l’université Bordeaux 1, enfin de la Sagemor.

















MÉGALITHES ET CULTURE SUMBANAISE

conférence donnée le 9 juillet 2015 par
TARA STEIMER
chargée d'enseignement à l'Université de Genève
Laboratoire d'archéologie préhistorique et d'anthropologie

Le mégalithisme est un phénomène mondial. Les plus anciens monuments répertoriés à ce jour datent du Ve millénaire avant J-C. Les plus connus se trouvent sur la façade atlantique de l'Europe où le phénomène s'est éteint après l'âge du Bronze. Il a disparu plus tard en Syrie et au Yémen. Ce n'est pas le cas en Indonésie où le mégalithisme apparu au début de l'ère chrétienne, au IVe millénaire, perdure aujourd'hui. Les populations de l'île de Nias, de Tanah Torraja à Sulawesi, de l'ouest de l'île de Sumba construisent encore des tombes avec des blocs de pierre en s'adaptant au monde actuel.
Nous trouvons peu de données concernant ces monuments. Nos références sont les travaux de Roger Joussaume, de Jean-Paul Barbier et d'Alain Testart.
Plusieurs voyages d'études en Indonésie, de 2010 à 2013, ont permis d'interroger une tradition vivante, d'observer les techniques de construction des monuments et de suivre les cérémonies qui rythment leur édification. Dans une culture fondée sur l'oralité, la pierre est un outil de communication pour transmettre l'identité du clan, afficher le statut social du commanditaire, entrer en relation avec les ancêtres et les esprits de la nature.   
Chaque île de l'archipel d'Indonésie a son propre mégalithisme. Dolmens, menhirs, statues menhirs, dolmens avec peinture, les formes sont très variées.  Il est possible aussi de louer un menhir. A Florès, on trouve des tables d'autel  pour sacrifier des animaux. A Nias, le mégalithisme est aussi destiné aux vivants pour marquer les  étapes de la vie.   


SUMBA


Les stèles et les tombeaux-dolmens correspondent à l'arrivée massive de biens de prestige : métal, armes , résultant d'échanges contractés avec les marchands européens au XVIe siècle. Ceux-ci étaient intéressés par le commerce d'esclaves, de bois de santal et de petits chevaux. L'enrichissement des chefs a développé une compétition farouche entre les clans, dont les relations conflictuelles étaient en partie liées à la course à l'esclave. La société était fortement hiérarchisée avec un système de castes jusqu'à l'arrivée récente de l'État nation qui en atténue les règles.
Les tombes peuvent se trouver au cœur du village, elles font partie de la vie de la communauté,  il n'y a aucun tabous. Le culte des Marapu, c'est à dire des ancêtres, des esprits de la terre et des divinités propres à un clan, assure le lien entre les vivants et le divin. L'objectif d'un Sumbanais est très souvent de thésauriser pour construire une tombe pour ses ascendants, le couple et leurs petits-enfants ( être inhumé avec ses propres enfants a un caractère incestueux). Il est possible de rouvrir la tombe  pour y accueillir des cousins. Le mobilier peut entrer et sortir de la tombe. Les décorations sont une valeur ajoutée. L'individu propose son projet au clan qui pourra l'aider. L'entraide entre clans est rare. Lorsqu'un clan doit acheter des dalles  à un autre clan détenteur des pierres, la pierre est alors nommée « fiancée ». Selon la  position des familles au sein du groupe, les formes vont du caveau simple au tumulus. Il peut y avoir des regroupements de clans, des tombes partagées. Une personne accidentée ou qui s'est suicidée est inhumée dans un tombeau à l'extérieur du village pour que son âme ne perturbe pas la quiétude des habitants. Les nobles étaient souvent enterrés avec leurs esclaves. Ceux-ci étaient parfois représentés sur les stèles de la tombe.

La cérémonie de « Tarik batu »
Cette cérémonie s'est déroulée dans le village de Wainyapu, à l'ouest de Sumba, le 29 septembre 2011. Elle a permis d'observer les techniques d'extraction, de déplacement des pierres, la construction des monuments, le comportement des villageois.



Un coq a été sacrifié pour s'assurer que le projet est accepté par les ancêtres. Les clans porteurs du projet de construction s'adressent à l'un des six clans qui possèdent la concession de la carrière de calcaire qui se situe en contrebas du village, près de la plage.
Les tâches sont réparties. Tout ce qui concerne la taille des pierres relève du clan des tailleurs. Le clan des acheteurs, environ 100 personnes, prend en charge l'extraction, le basculement, le transport de la dalle, ainsi que  le ravitaillement  des  travailleurs en nourriture, café, bétel, cigarettes. Ce ravitaillement peut durer de 15 jours à un mois.
La dalle de calcaire tendre est taillée en trois jours avec un outil en métal emmanché sur du bambou. Elle mesure 3 mètres de large pour 2,5 mètres de haut et 40 cm d'épaisseur.
Le clan commanditaire étaye la pierre extraite avec des rondins de teck pour qu'elle ne tombe pas. Les bois utilisés proviennent de la forêt collective de la région de Kodi, qui se trouve à quelques kilomètres de la carrière. Il est interdit de déboiser pour y faire des cultures. Cette forêt fournit bambous, kapok, teck, et les lianes. Les lianes épaisses et torsadées sont aujourd'hui délaissées au profit de cordes en nylon qui entaillent le calcaire. Pour y remédier, des feuilles de palme sont glissées entre la pierre et la corde.
Chants, danses, cris des femmes, consommation de bétel et d'alcool réconfortent les travailleurs. Après de longs efforts, la dalle est hissée et basculée sur une rampe longue de 20m fabriquée avec des rondins de kapok et de teck de 8m de long et d'un diamètre de 20 cm. D'autres rondins fraîchement coupés, plus glissants donc, sont posés perpendiculairement au rail.  
Restant fidèles à la tradition, le bloc est alors tracté à l'aide de cordes par les hommes qui synchronisent force et manipulation des rails. Perché sur la pierre, le maître de cérémonie, personnage important, donne la cadence. Une centaine de personnes peuvent déplacer d'un coup 7 tonnes et demi sur plusieurs dizaines de mètres. Dans cette partie de l'île, les femmes sont autorisées à tirer les pierres lorsqu'il n'y a pas assez d'hommes. Ce n'est pas le cas cette fois-ci. Elles distribuent du café, des cigarettes et du bétel encourageant les hommes par des cris et des chants. De plus en plus souvent, c'est un camion qui se positionne au bout de la rampe pour le transport. Cette solution permet évidemment de diminuer le coût de revient : moins de jours de travail, moins de repas et de bêtes à sacrifier.           
 Vient alors la construction du tombeau-dolmen. Les orthostates sont montés un peu en chaos organisé à l'aide d'un système de fourche et d'arcs boutants. L'armature d'acajou et de cocotier maintient les dalles de chant. La pierre de couverture est glissée sur des rondins au-dessus du caveau. Un système de levier permet d'enlever les rondins. La porte sera scellée lorsque les os auront été déposés.
  L'ensemble du processus peut prendre du temps selon les équipes disponibles.



Conclusion

Les habitants de Sumba pratiquent le mégalithisme en s'adaptant aux techniques modernes. Le culte des Marapu s'entend avec les religions monothéistes. Les cérémonies accompagnant le transport des pierres, la couverture de la tombe, le déplacement des os du ou des défunts, et la fin des funérailles sont l'occasion pour les membres du clan de réaffirmer leur pouvoir et les  liens qui les unissent. Cependant, le processus de disparition du phénomène mégalithique est en marche. Les Sumbanais récemment convertis au catholicisme, sont encouragés à dépenser leur argent dans la construction d'églises, les tombeaux-dolmens s'ornent d'une croix, les prêtres condamnent peu à peu la mise à mort d'animaux pour les sacrifices. La jeune génération montre moins d'entrain à satisfaire ses ancêtres, aspirant plus à faire des études ou partir travailler à la capitale.

Pour plus d'informations et de documentation iconographique, consulter les sites suivants :
academia.edu Sumba, l'île des mégalithes modernes
La revue Archéologia n° 495 de janvier 2012, pages 36 à 45, l'article de Tara Steimer
La revue Archéologia n° 335, l'article de Roger Joussaume « Indonésie, les mégalithes de l'île de Sumba ».

MÉGALITHES ET CULTURE SUMBANAISE

conférence donnée le 9 juillet 2015 par
TARA STEIMER
chargée d'enseignement à l'Université de Genève
Laboratoire d'archéologie préhistorique et d'anthropologie

Le mégalithisme est un phénomène mondial. Les plus anciens monuments
répertoriés à ce jour datent du Ve millénaire avant J-C. Les plus connus se trouvent
sur la façade atlantique de l'Europe où le phénomène s'est éteint après l'âge du
Bronze. Il a disparu plus tard en Syrie et au Yémen. Ce n'est pas le cas en Indonésie
où le mégalithisme apparu au début de l'ère chrétienne, au IVe millénaire, perdure
aujourd'hui. Les populations de l'île de Nias, de Tanah Torraja à Sulawesi, de l'ouest
de l'île de Sumba construisent encore des tombes avec des blocs de pierre en
s'adaptant au monde actuel.
Nous trouvons peu de données concernant ces monuments. Nos références sont
les travaux de Roger Joussaume, de Jean-Paul Barbier et d'Alain Testart.
Plusieurs voyages d'études en Indonésie, de 2010 à 2013, ont permis
d'interroger une tradition vivante, d'observer les techniques de construction des
monuments et de suivre les cérémonies qui rythment leur édification. Dans une
culture fondée sur l'oralité, la pierre est un outil de communication pour transmettre
l'identité du clan, afficher le statut social du commanditaire, entrer en relation avec
les ancêtres et les esprits de la nature.
Chaque île de l'archipel d'Indonésie a son propre mégalithisme. Dolmens,
menhirs, statues menhirs, dolmens avec peinture, les formes sont très variées. Il est
possible aussi de louer un menhir. A Florès, on trouve des tables d'autel pour
sacrifier des animaux. A Nias, le mégalithisme est aussi destiné aux vivants pour

marquer les étapes de la vie.

QUAND LES ARCHÉOLOGUES VONT À LA PLAGE.…


Conférence donnée le 18 juin 2015 par
Marie-Yvane Daire
Archéologue, Directeur de recherche au CNRS
Centre de Recherche en Archéologie, Archéosciences, Histoire (CReAAH)

Cette conférence a présenté divers aspects des recherches archéologiques conduites sur les îles et le littoral de Bretagne : la richesse d'un patrimoine diversifié et parfois insoupçonné, mais aussi la vulnérabilité de certains sites, et les enjeux de leur sauvegarde ou de leur étude qui ressemble parfois à une course contre la montre, face aux pressions climatiques et anthropiques croissantes. 


Sur le littoral, un patrimoine culturel riche et diversifié 
L’ouest de la France possède un très long linéaire côtier, y compris celui des îles et îlots, qui recèle les restes d’occupations humaines dont les plus anciennes remontent à la Préhistoire et les plus récentes datent de l’époque moderne : des abris et campements du paléolithique monuments mégalithiques, établissements néolithiques et protohistoriques, dépôts lithiques, ateliers de bouilleurs de sel pré-romains, ermitages et chapelles du haut Moyen Âge, pêcheries de toutes époques, etc… 

Le paysage côtier de la Bretagne est diversifié, du fait de conditions en constante évolution depuis des milliers d’années, de sorte que la plupart des îles aujourd'hui proches de la côte n’étaient, au début de l'Holocène, que des collines s’élevant audessus de vallées côtières. Au cours de l'Holocène, le niveau de la mer a augmenté à un rythme irrégulier. Le consensus scientifique général aujourd'hui soutient que, à la fin du Mésolithique (5e millénaire avant notre ère), le niveau marin était 10 mètres plus bas que l’actuel. En raison de l'élévation du niveau de la mer, les grandes îles de Bretagne se sont progressivement séparées du continent. Schématiquement, les bâtisseurs de monuments mégalithiques du Néolithique ont érigé des tombes collectives monumentales sur le sommet des collines côtières (aujourd’hui des îles), comme par exemple à l’île Guennoc (Landéda) sur la côte nord ou à l’île aux Moines et Gavrinis sur la côte sud. Pendant les périodes suivantes, le paysage maritime montre des différences oins importantes par rapport à la situation actuelle, avec une hausse moyenne du niveau de la mer évaluée à 2 mètres depuis la fin de l'âge du Fer. 

Cette richesse patrimoniale et scientifique, a suscité, depuis plusieurs décennies des programmes de recherche collaboratifs dédiés à la recherche archéologique côtière et insulaire, coordonnés depuis près de trois décennies au sein de l’AMARAI. Ainsi le travail de fond comprend des inventaires systématiques (île de Groix, Ouessant, Batz…) ou thématiques (églises des îles, pêcheries de Bretagne…) ainsi que des opérations plus ponctuelles (sondages ou fouilles archéologiques) sur certains sites archéologiques. 

  
L'ile aux Moutons
Fouesnant (Finistère)
   Dans le paysage maritime de la Bretagne, les îles sont aujourd'hui souvent considérées comme des réserves archéologiques, ce qui permet un large éventail de la recherche en raison des conditions de conservation des vestiges. L’isolement des petites îles ou les difficultés d'accès sur les îlots constituent souvent une protection contre les menaces telles que l'agriculture intensive ou les infrastructures touristiques. L'absence de labour est un avantage important pour la préservation des vestiges archéologiques, puisque cette activité est une cause majeure de la destruction de la surface de niveaux archéologiques dans les zones agricoles. 



pêcheries du Petit Taureau à
 Servel-Lannion (Côtes d’Armor)


fouilles en cours sur le site
de Port-Blanc à Hoedic (Morbihan)
La préservation du patrimoine archéologique insulaire est souvent renforcée lorsque s’applique un statut de réserve naturelle. Exemples de sites côtiers : île aux Moutons, Fouesnant (Finistère)  cl. M.Y. Daire), pêcheries du Petit Taureau à Servel-Lannion (Côtes d’Armor) cl. LAngouët et Mahéo), fouille en cours sur le site de Port-Blanc à Hoedic (Morbihan) (cl. M.Y. Daire). 








De la vulnérabilité des sites archéologiques côtiers 

Toutefois, cette situation apparemment idéale est compensée par le fait que les zones côtières, dans leur ensemble, y compris les îles et îlots, sont de plus en plus touchées par les effets des changements climatiques actuels et l'élévation relative du niveau de la mer, qui conduisent à une accélération de l'érosion côtière. Cette érosion affecte non seulement l'environnement naturel, mais aussi le patrimoine archéologique (monuments, ruines, anciens amas de coquillages, dépôts d'artefacts, tombes, etc.) menacés de disparition sans aucun espoir de résilience. 


Dans l'évaluation de la vulnérabilité du patrimoine côtier et insulaire, il faut également tenir compte de certains types de pressions anthropiques, par exemple les conséquences directes d’opérations de nettoyage de nappes d'hydrocarbures (Amoco Cadiz en 1978, l'Erika en 1999, etc), les pelles mécaniques ayant pu endommager (sans le savoir) des restes ou monuments situés sur l’estran. De nombreux sites archéologiques insulaires sont ainsi menacés de destruction plus ou moins rapide, à l’échelle de quelques décennies, voire quelques années ou semaines. 
La richesse du patrimoine de ces îles, combinée à leur vulnérabilité évidente, attire depuis plusieurs années l’intérêt des archéologues sensibilisés à cette problématique, et les incite à prendre en compte la vulnérabilité des zones côtières et insulaires pour évaluer l'impact sur le patrimoine, afin d'étudier les sites menacés avant leur destruction complète et de proposer des solutions de protection (matérielle) lorsque cela est possible. 

Né de ce constat, le projet de recherche « ALeRT » (Archéologie, Littoral etRéchauffement Terrestre), dédié à la vulnérabilité du patrimoine culturel côtier et insulaire par rapport aux changements climatiques (érosion, l'élévation du niveau de la mer, etc.), met en oeuvre une approche multidisciplinaire sur les thématiques suivantes : 
- un inventaire du patrimoine archéologique du littoral menacé ; - la construction d'un modèle de la vulnérabilité de ce patrimoine, prenant en compte la nature de l'environnement et les indicateurs dynamiques de son évolution (passée, présente et future); 
- l'évaluation des stratégies de recherche et d'action adaptées aux différentes échelles concernées (régional, local et spécifique) ; 
- l'établissement de cartes indiquant les niveaux de vulnérabilité du patrimoine côtier, qui pourrait non seulement fournir des outils de recherche pour les scientifiques, mais aussi aider à la gestion intégrée des zones côtières. 

Le projet ALeRT est développé depuis 2006 par un groupe de chercheurs (archéologues, géographes, géomorphologues) investis dans les recherches en archéologie littorale et sensibilisés à la fragilité du patrimoine littoral, côtier et insulaire. 
Très rapidement, ce groupe a développé une approche interdisciplinaire visant à l’élaboration d’un « modèle de vulnérabilité » du patrimoine culturel côtier, à travers une évaluation normalisée des risques, l’élaboration de cartes de vigilance et la mise en place de stratégies de recherche et d’action adaptées aux différentes échelles (du local au régional). 

Le premier résultat a été l’élaboration d’un outil dédié, permettant d’évaluer la vulnérabilité des sites, sous la forme d’une grille d’évaluation normalisée et suffisamment simple pour être utilisable par différents types d’opérateurs (VEF = Vulnerability Evaluation Form). Cet outil a été testé et appliqué sur un certain nombre de sites de l’Ouest de la France (notamment dans le cadre d’un partenariat avec le Conservatoire du Littoral et les gardes du littoral) ainsi que dans d’autres pays européens. Plus récemment, une démarche participative est engagée, permettant aux chercheurs mais aussi aux bénévoles de travailler en lien avec les archéologues. Afin de permettre aux observateurs de terrain de renseigner les informations concernant les sites menacés, une version web dédiée a été développée, sous la forme d’une base de données interactive. 

Plus récemment, la démarche a été élargie par la création d’une version mobile pour Smartphone ‘ALeRT Mobile’ qui intègre, d’une façon claire et simple, la grille d’évaluation de la vulnérabilité et la base de données. Nous ne pouvons que souligner et rappeler ici l’importance de ces réseaux de bénévoles sillonnant le terrain et, en l’occurrence, les côtes, de manière régulière et notamment à la suite d’épisode de tempête


Carte de vulnérabilité des sites archéologiques du secteur de l’estuaire de la Vilaine (Morbihan)
(doc. Daire, López-Romero et Olmos).
Parallèlement, un certain nombre de sites font l’objet d’une surveillance accrue, sous la forme d’un suivi archéologique régulier (l’île de Triélen, dans l’archipel de Molène, par exemple) tandis que d’autres font même l’objet de sondages voire de fouilles archéologiques permettant de recueillir les informations avant la disparition totale du site (à Dossen Rouz, dans le Trégor par exemple).



Le site gaulois de Dossen Rouz à Locquémeau-Trédrez (Côtes d’Armor),
en cours de fouille (cl. M.Y. Daire). Au premier plan : four à sel.

Un remerciement tout particulier à Marie-Yvane Daire pour la qualité de l'article qu'elle a pris le temps de nous fournir, illustrations comprises. 
Pour en savoir plus sur l'auteur…